L’image montre un Duck en costume traditionnel écossais portant le kilt, le béret traditionnel écossais avec une vareuse de marin. Derrière lui, un mur dont l’enduit enlevé laisse apparaitre un des briques rouges assemblées avec un mortier blanc. Sur le mur marron, en haut a droite est posé un tableau dont on ne voit que la partie inférieure gauche. Six étoiles blanches se détachent sur un fond bleu.
L’image est extraite de L’esprit de ‘43 qui raconte comment Donald Duck est partagé entre sa nature dispendieuse et insouciante et son coté économe pour ne pas dire radin. Le coté radin est campé par un vieil écossais qui préfigure Balthasar Picsou, que Carl Barks, le scénariste du dessin animé, introduira dans la bande dessinée Noël sur le mont Ours.
Plusieurs choses frappent dans cette image. La première impression que l’on en a est de penser qu’il s’agit de Balthasar Picsou, alors qu’il s’agit d’une facette de la personnalité de Donald. La confusion vient du fait qu’il s’agit en fait d’un troisième personnage qui vient du passé. L’image est en effet saturée d’indices du passé. Le costume traditionnel écossais rappelle les origines écossaises des Duck. Le mur délabré rappelle le château des McDuck que Balthasar a du abandonner enfant, c'est-à-dire à la fois le passé glorieux de la famille et sa déchéance sociale. Ce sont ces deux aspects qui sont traduits dans le dessin animé par le coté « insouciant » et le coté « radin » de Donald. Donald commémore tantôt l’opulence passée de sa famille. Il se conduit alors comme s’il n’avait pas à se soucier des questions d’argent. Mais parfois, la ruine de la famille se rappelle à son souvenir et chaque sou compte !
Le fait que que le personnage du passé soit immédiatement reconnaissable fait comprendre autre chose. Le Duck de l’image n’est ni tout à fait Donald, ni tout à fait Balthasar. Il est entre les deux tout en gardant un air de famille qui le rend immédiatement identifiable. En d’autres termes, il est un revenant.
Le revenant est une figure du passé qui ne passe pas. Il est en lien avec la personne qu’il vient hanter, contrairement au fantôme qui est le passé de quelqu’un d’autre. En psychologie, le revenant correspondant a des pensées obsédantes ou des rêves à répétition. Il est tout ce qui s’oppose à l’oubli. Il est une façon de ne pas oublier. Sigmund Freud avait retrouvé ce mécanisme en notant que lors de deuils difficile, le choix d’objet régresse jusqu’à l’identification. La personne endeuillée se comporte alors comme le mort, en lui empruntant des intonations de voix, de idées ou des valeurs.
De quel deuil s’agit-il ici . Que fait cet écossais au visage mécontent devant un mur éventré ? Pourquoi ce mur rouge qui fait penser à la façon dont on dessine les murs de prison dans les bandes-dessinées ? Toutes ces questions indiquent d’une certaine façon la réponse. La prison, c’est ce passé qui ne passe pas. Donald est au pied du mur, et il ne pourra trouver des solutions qu’en faisant face à son passé. Il ne peut continuer à vivre en maintenant étrangères à lui-même des pans entiers de son histoire. Il faut qu’il reconnaisse son ancêtre, c'est-à-dire ce qui vient de son passé.
L’image indique le problème auquel il est confronté. Le mur rouge et les étoiles blanches dessinent le drapeau américain. Ici, la dynamique de l’image se renverse. Ce n’est plus l’ancêtre qui saisit le jeune, mais le nouveau qui perce sous l’ancien. Sous le vieux mur terne du manoir des ancêtres, l’éclatante et nouvelle identité américaine. Mais « devenir américain » ne signifie pas « oublier l’écossais ». Procéder ainsi serait une trahison à soi-même. L’image contient d’ailleurs cet avertissement le fait que si les étoiles blanches étaient une partie de la bannière américaine, le drapeau serait à l’envers. Or, dans le langage militaire, un drapeau flottant à l’envers signifie est un signe de détresse.
De la même façon, c’est prendre les choses à l’envers et risquer une grave détresse psychique que de vouloir devenir en tendant d’oublier ce que l’on a été. Goethe le disait magnifiquement : « Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder »

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