Les Duck ne sont pas à proprement parler des super-héros. Mais l’analyse de leur histoire permet d’illustrer le point qui me tient à cœur à propos des super-héros. Les comics et les bande-dessinées en général donnent à leurs lecteurs des occasions de penser des situations psychologiques problématique ou douloureuses. Les comics sont centrés sur la problématique de l’adolescent. L’histoire des Duck est centrée sur la problématique de la transmission familiale.
La saga des Picsou pose pour tout enfant une série d’énigmes passionnantes. Elles sont un peu différentes des questions que les enfants se posent habituellement car il ne s’agit pas du classique « d’où viennent les enfants » mais « ou sont partis les parents ? ». Riri, Fifi et Loulou sont élevés par leur oncle Donald sans que l’on sache ce que leurs parents sont devenus. Les parents de Donald sont également invisibles, et en dehors de ses trois neveux, la seule famille qu’on lui connait est un vieil oncle aussi richissime qu’avare et irascible. D’ou vient que dans cette famille, les seules figures paternelles soient des oncles ? Ou sont passées les figures maternelles ? D’où vient la fabuleuse fortune d’Oncle Picsou ?
Lorsque l’on examine d’un peu plus près la famille de Balthasar Picsou, on va de surprise en surprise. Balthasar est richissime, mais il est incapable de faire profiter à sa famille un peu de sa richesse. Il est même incapable d’en profiter pour lui même. Il est extrêmement irascible et est capable de poursuivre une personne de son ressentiment pendant des années voire des décennies. La seule chose qui lui apporte un peu de satisfaction sont les bains qu’il prend dans ses piscines débordant de pièces et de billets. Enfin, il tombe dans une profonde dépression dès lors qu’on lui vole son sou fétiche.
Donald est un incapable qui échoue avec une grande régularité tout ce qu’il entreprend. Il vivote aux crochets de son oncle Balthasar Picsou dont il est l’obligé. Une vieille dette les lient et Balthasar profite largement de cette dépendance en maltraitant son neveu. Donald a une petite amie, mais est incapable de construire une vie de couple avec elle. Son caractère irascible et son inconstance lassent régulièrement la belle Daisy. Par ailleurs, il est trop occupé à vivre d’improbables aventures au cours desquelles il met invariablement en danger les enfants qu’il est supposé protéger ou ce qu’il est sensé entreprendre. Ce sont les enfants qui, par leur ingéniosité, tirent régulièrement leur oncle et leur grand oncle des faux-pas dans lesquels sont se sont fourrés.
Riri, Fifi et Loulou sont d’affreux garnements qui arrivent chez leur oncle Donald après une énième bêtise : ils ont mis un pétard sous les fesses de leur père, ce qui lui vaut quelques jours d’hôpital. La mère décide alors de confier les enfants son frère jumeau, Donald avant de “s’évaporer”. Donald et Della sont les enfants de Hortense Picsou et de Rodolphe Duck, deux canards au caractère trempé, et il est probable qu’ils aient assisté à de nombreuses scènes de dispute conjugale. Le caractère de ceux-ci s’améliore grâce à la patience de leur arrière grand tante maternelle (qu’ils appellent Grand-Mère Donald) et à leur inscription dans la troupe des Castor Juniors.
Gontran Bonheur est l’opposé de Donald. Ce cousin de notre héros réussit tout ce qu’il tente, multiplie les conquêtes féminines, a une chance éhontée alors que Donald échoue lamentablement les taches les plus faciles, est toujours victime du mauvais sort, et a une vie amoureuse des plus insatisfaisantes. La santé psychique de Gontran n’est cependant pas meilleure que celle de son cousin Donald. C’est un narcissique suffisant et prétentieux, incapable d’être en relation avec d’autres choses que l’image qu’il donne de lui même. Gontran est un oisif, qui attend tout du destin et est incapable de fournir le moindre travail.
La jeunesse de Picsou de Don Rosa lève quelques énigmes sur l’histoire de Picsou. On y découvre comment Balthasar Picsou devient “L’homme le plus riche du monde”. Mais le récit est surtout remarquable car il est une archéologie des modes de transmission inconscientes de la famille McPicsou. L’histoire des Duck est l’histoire d’une famille confrontée à plusieurs traumatismes et aux effets de ces traumatismes sur les générations suivantes sous la forme de revenants ou de fantômes.

Ce qui est intéressant dans la famille de Picsou et de Donald, c'est tout d'abord que ce ne sont pas des personnages extrêmement sympathique, cependant ils ont chacun un opposé : Picsou se confronte à Gripsou dans ce désir du sou fétiche (le premier sou qu'il gagna, et qui serait à la base de sa richesse. Je crois qu'il le gagne en nettoyant les chaussures d'un passant si je ne me trompe). Il y a également une sorcière, Miss Tick, qui est en quête de cet objet afin de devenir elle-même puissante.
RépondreSupprimerCe désir autour de cette pièce renvoie biensûr à l'"american's dream" : Picsou, un immigré écossais qui part de rien pour devenir riche.
Les autres grands ennemis de Picsou sont les Rapetous : des voleurs désirant à tout prix prendre l'argent de picsou. Il est à noter qu'il garde toute sa fortune dans un grand coffre sur les hauteurs de Donaldville. Il met en évidence aux yeux de tous son argent, et se contente de nager dans des liasses de billets et des montagnes de pièces toute la journée et évite de dépenser ne serait-ce qu'un centime (ses activités lucratives ne sont pas mises en avant dans la bande dessinée).
Toute la structure de personnalité de Picsou est symbolisé par sa fortune : il semblerait que seule cette dernière peut le contenter et se voir spolié de son argent l'entraine dans un état dépressif.
Pour ce qui est de Donald, son opposé est biensûr Gontran et leur objet de convoitise est Daisy. Gontran a comme qualité principale la "chance" qui ne semble jamais le quitter. Donald a d'autant plus un rôle compliqué : il a la responsabilité de devoir élever ses trois neveux (riri, fifi et loulou), cependant il n'arrive pas à obtenir une relation amoureuse.
Pour ce qui est de cette filiation sautant la relation parents/enfants, pour passer plus rapidement de neveux/oncle, cela permet de mettre à l'écart l'investissement filiale.
Est-ce aussi le signe pour nos héros de leur incapacité à s'inscrire dans une filiation? Les générations sont ainsi présentés par un moyen détourné.
Ces personnages sont fixés dans une problématique inconsciente ne leur permettant pas d'aller de l'avant, tant Picsou et la question du narcissisme et de l'argent, que Donald avec la relation amoureuse (qui est également une problématique narcissique)?
Comme vous le dites, nos deux héros ont besoin de l'inventivité de riri, fifi et loulou pour sortir de leurs aventures.