dimanche 14 août 2011

Les super héros, (bons) modèles négatifs des garçons (et des filles)

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Selon une  étude de Sharon Lamb présentée à la 118ieme convention de l’American Psychological Association,  les Super Héros donnent aux garçons deux types de modèles. Le premier est le super héros sûr de lui et tout-puissant, et le second est un dilettante qui ne fait rien de sa vie.
Sharon Lamb a effectué un sondage auprès de 679 garçons, a exploré les galeries commerciales et questionné les vendeurs pour comprendre ce que les garçons de 4 à 18 ans regardaient au cinéma et à la télévision.
Pour la psychologue, le bilan est négatif. Les super héros sont soit trop actifs, impliqués dans une violence incessante, soit des bons à rien. Ils sont agressifs et sarcastiques et font trop peu souvent part de leur idéal ou au contraire ils sont dans une inactivité stérile. Les garçons seraient donc au contact avec une version hyper virile ou dévalorisée de la masculinité et le marché profiterait de leur quête identitaire pour faire du profit.
La situation semble nouvelle à Sharon Lamb. Les super héros du passés étaient pour elle de bien meilleurs modèles car une fois le masque tombé, ils se présentaient comme des hommes ordinaires, avec leurs vulnérabilités et leurs problèmes. Aujourd’hui, les enfants auraient comme modèle ou un mâle sous stéroïdes, ou un paresseux irresponsable.. Les deux modèles lui semblent préjudiciables au développement des garçons. Les tire-au-flanc pourraient amener les enfants a désinvestir les valeurs associées au travail et pourraient même peut-être affecter les résultats scolaires.
Sharon Lamb fait deux préconisations. La première est de mettre les garçons au contact avec d’autres types de super héros pour limiter leur impact négatif. la seconde est de mettre en place des programmes éducatifs pour aider les garçons à prendre conscience des “mensonges” transmis par ces super héros.
L’interprétation des résultats de son enquête méconnait à la fois les super héros et les dynamiques identificatoires. Pour Sharon Lamb, le Super Héro exemplaire est Superman. Il illustrerait le type même du héros avec lequel l’enfant peut sentir la fragilité humaine sous le spandex. Mais si  Superman est exemplaire, c’est d’abord parce qu’il est à l’inverse de tous les autres Super Héros. L’homme véritable, comme le montre Umberto Eco, c’est Superman, pas Clark Kent.
Les super héros d’aujourd’hui ne sont pas moins complexes que ceux d’hier. Ils le sont même davantage. Les tourments de Spiderman, comme de tous les Super Héros, n’ont fait qu’augmenter avec le temps et tous les super héros connaissent des moments de vulnérabilité et de doute. Il ne s’agit pas simplement du défaut de la cuirasse du Super Héros, mais de moments ou le Super Héro est si affecté qu’il se retire du monde. Ce n’est pas quelque chose de lié à notre modernité. Achille déjà s’était retiré de la fureur du combat. Il restait près de ses long vaisseaux, inactif et inutile à sa communauté. Sans doute est-il ce que Sharon Lamb appelle un “tire-au-flanc” ?
Ensuite, il faut prendre l’ensemble de la figure du héro, et non pas seulement les éléments de sa vie civile, ni celle qui est conforme aux idéaux et aux valeurs de la société. L’image du “tire-au-flanc” valorise la figure du chômeur sur qui pèse trop souvent la suspicion, l'’opprobre et la honte.
il faut aussi prendre en compte que l’identification à un héros négatif n’est pas nécessairement quelque chose de négatif. Pour un enfant inhibé, l’image d’un héros hyper viril, invulnérable à toutes sortes d’attaques, insensible au doute est quelque chose d’inestimable. il peut, dans sa vie imaginaire, s’approcher d’autres positions psychiques que la sienne. Il voit, au fil des cases de la bande dessinée, des épisodes des dessins animés, ou encore des fils,  Un enfant mis sous la pression des résultats scolaires vivra comme un havre de paix d’être en contact avec quelqu’un qui ne fait rien de sa vie et qui s’en trouve bien.
Les Super Héros sont des figures dynamiques. Ce ne sont pas des figures simples qui ont des effets univoques sur les enfants. Voir quelqu’un se conduire honorablement ne fait pas des  citoyens honorables, pas plus que les histoires avec des personnages faisant des horreurs ne produisent des monstres. Les “bons” et les “mauvais” personnages sont
L’alcoolisme de Tony Stark n’est fait sans doute pas un exemple a suivre. Mais sa réussite de vendeur de canon est elle une meilleure chose ? Or, un des causes de son alcoolisme est précisément le fait que son métier le conduit à faire des choses qu’il juge comme moralement répréhensible. il ne les fait que parce qu’il veut être fidèle à son père. Comme beaucoup de Super Héros, Tony Stark n’a de cesse de tenter de satisfaire les hautes exigences de son père sous la forme d’Iron Man. Que ce soit là une tache difficile, voire impossible, est un enseignement qui ne peut qu’enrichir les garçons et les filles.
Enfin, il faut prendre en compte que l’évolution des Super Héros a suivi la maturation de leur lectorat. Ce sont les adultes qui aujourd’hui achètent les comics. Leurs histoires sont se lisent a différents niveaux. Elles sont pleines de références croisées destinées aux fans, c’est à dire aux personnes qui ont une expérience suffisance de ces histoires. Par exemple, dans Capitaine America, c’est “M. Starck” qui appuie sur le bouton qui va transformer un jeune homme rachitique en une statue grecque. M. Starck, comme chacun sait, est le père de Tony Starck, c’est à dire Iron Man.

Pour conclure, que les héros ne soient plus des statues de commandeurs soutenant la Vérité, la Justice, et l’American Way of Life est plutôt une bonne nouvelle : cela signifie que les histoires ont atteint une maturité qu’elles n’avaient pas auparavant.

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