Les TMNT – Teenage Mutant Ninja Turtle – apparaissent sur les écrans en 1987. Le dessin animé relate les aventures de Tortues Ninja habitant les égouts de la ville de New-York. Les Tortues Ninjas sont à l’origine de simples tortues qui sont jetées dans les égouts par un enfant. Au contact du “mutagène”, ils se transforment en tortues humanoïdes. Il y retrouvent Splinter qui a été lui-même transformé en un énorme rat. Splinter est expert en arts-martiaux et entraine les quatre tortues qui deviennent alors les fameuses Tortues Ninja Mutantes Adolescentes
Le thème peut se lire de façon très classique. Il reprend la trame des contes: le héros passent dans un autre monde dans lequel il rencontre une aide. il passe par une série d’épreuves et en sort suffisant transformé pour affronter l’adversaire final qu’il réussi à vaincre avec quelques aides. Une fois son exploit accompli, le héro revient au monde et le transforme à son tour.
Les Tortues Ninja ne reprennent pas l’ensemble du cycle. Elle se concentrent sur ce que Joseph Campbell appelait “le ventre de la baleine”. L’histoire raconte alors les nécessaires transformations de l’adolescence ne peuvent se faire qu’en abandonnant les mondes anciens de l’enfance. Il faut accepter de passer par les “dessous” pour grandir.
Une chose frappe, cependant : l’évolution des personnages. Au départ, on trouve des personnages souriants, blagueurs, sympathiques, n’hésitant pas à trouver les recommandations du Maitre un peu trop sérieuses et prêtes à tout pour une part de pizza. En d’autres termes, ces tortues Ninja sont encore largement ouvertes aux plaisirs régressifs. Dans l’autre, elles sont sombres, déterminées, animée d’une volonté sans faille.
Que s’est-il passé ?
Pour le comprendre, il faut faire des Tortues Ninja une autre lecture que celle d’un conte classique. Les Tortues Ninja ne racontent plus le cycle des transformations par lesquels doivent passer les adolescents mais leurs sentiments d’abandon et de rage. Les tortues ne traversent pas volontairement le seuil qui les fait basculer dans l’aventure. Elles sont lâchées par un jeune homme et tombent dans une bouche d’égout. C’est aussi accidentellement qu’elles rencontrent la substance mutagène qui les transforment en Tortues Mutantes.
Ces Tortues Ninja ressemblent beaucoup à ce que vivent les enfants et les adolescents de nos pays industrialisés. Leurs espaces se rétrécissent au fur et à mesure que les adultes augmentent leur emprise sur l’enfance. Sous couvert d’éducation, il est demandé aux enfants de se conduire comme des adultes. Les enfants de maternelle doivent déjà penser au CP, tandis que ceux du CP s’angoissent pour le collège. Les collégiens s’inquiètent du lycée et les lycéens savent que ce qui les attend au travail n’est pas enviable. Les enfants sont mesurés, comptés, pesés, évalués. ils doivent bien se comporter, être responsables, c’est à dire, dans la plupart des cas, être obéissant
Bat-Man, Spiderman, Iron Man… tous les super héros ont évolué vers des versions plus sombres, plus terribles, plus puissantes. Même la sage amazone Wonder Woman est devenue une redoutable héroïne dont les pouvoirs sont égaux à ceux des dieux.
Penser que les enfants sont victime d’un merchandising habile qui leur ferait aimer les comics est prendre les choses à l’envers. Aucune publicité ne fait aimer un produit. Ce sont les enfant qui aiment ces figures parce qu’elles expriment ce qu’ils ressentent profondément. Et a voir comment les super héros ont évolué, on ne peut que s’alarmer de la hausse du niveau de rage des enfants.
Encore une fois, que s’est il passé ?
La psychologue américaine Rachel Lauer disait que les enfants se comportaient comme des détenus. De fait, ils vivent l’école comme des prisons et les adultes comme des matons. Leurs possibilités de révoltes étant plus que réduites, il leur reste quelques rares espaces donnés par la culture pour exprimer leur rage. Les comics (et les jeux vidéo) sont de ceux-là. Le goût des enfants pour des personnages de plus en plus sombres est une image de la coercition qui pèse sur eux et des sentiments de rage, d’abandon et d’impuissance qu’ils vivent.
Les enfants sont de plus en plus confronté à des adultes qui les perçoivent comme des danger. La violence “des jeunes” est surmédiatisé, et maintient dans l’espace public l’image du “jeune” prédateurs des biens et des personnes. Les adultes, en vieillissant, deviennent de plus en plus envieux vis à vis de la jeunesse, fantasmée comme détenant les bons aspects de la vie. L’envie se transforme vite en haine et teinte les relations inter-générationnelle de paranoïa. Confronté à ce portrait que leur tend la société, les enfants s’effrayent de voir que les adultes semble considérer qu’il n’y a pas d’aménagement possible de leurs sentiments douloureux.
Pour les plus fragiles d’entre eux, la tentation est alors grande d’endosser l’identité qui leur est proposée.

Je partage ton inquiétude concernant le fait qu'on demande de plus en plus aux enfants d'être des adultes (et je dirais tout en comprenant pas pourquoi ils ont des attitudes et des propos d'adultes). L'infantile de l'enfant est devenu intolérable dans notre société.
RépondreSupprimerCe que tu dis des héros de plus en plus sombres me fait penser que pour de nombreux jeunes patients, le personnage préféré de Naruto est le sombre Sasuke.
Y a quelques années Vegéta de DBZ remportait un franc succès mais il était davantage orgueilleux qu'à proprement parlé ténébreux.
Et surtout Sasuke est le personnage dont l'âme doit être sauvé par Naruto qui représente le sauveur, la fonction de réparation et de soins (en tout cas dans ce duo là)
C'est vrai que Naruto et les Tortues Ninja ont plusieurs points en commun. Ce sont des adolescents ne pensant qu'à s'amuser, mais des maitres ninjas leur inculquent des règles strictes car ils seront destinés à s'opposer aux forces du mal malgré leur jeune âge.
RépondreSupprimerDu côté des tortues ninjas, il y a toujours cette ambivalence entre le désir d'être vu et de ne pas être vu. Ils vivent reclus dans les égouts, cependant leur meilleure amie est April O'neil, une journaliste!
Le côté ténébreux à toujours alimenté la passion des adolescents, qui sont en quête d'identité. Sasuké représente une sorte de mal être souvent ressenti par nos têtes boutonneuse. Introverti comme l'ado qui ne communique plus vraiment avec ses parents (ce qui dérange les parents dans leur fantasme de famille jouant au monopoly en mangeant des kinder bueno autour d'un feu de cheminée).
RépondreSupprimerLes rocks stars qui attirent nos ados ont d'ailleurs ce côté ténébreux et rebel (joey star, kurt cobain, morrisson, ...), une identité vestimentaire symbolique (lady gaga, justin bieber [lol]...].
Bref, rien d'étonnant ) être attiré par le côté ténébreux quand on a les hormones à fleur de peau et qu'on menace de se suicider à chaque fois qu'Audrey Audoin ne nous regarde plus.
Pour les tordus ninjas, j'ai l'impression que l'espace des égouts est très important, ça représente la chambre de l'ados avec maitre splinter à côté dans la chambre (mono)parentale. "espèce de rat".
Ensuite niveau projectif, chaque tortue représenté un stéréotype d'adolescent :
Léonardo est le bon élève, le fils désiré.
Raphael est l'ado introverti, ténébreux, rebel et agressif (l'anti-léonardo)
Michélangelo est l'adolescent accros aux jeux vidéos, au skate, et à la télévision. C'est le gamin turbulent qui met ses doigts dans le nez.
Donatello c'est le geek, rat de laboratoire qui va créer un cocktail molotov dans l'abri de jardin de son père. Le gamin qui parle à table mais que personne ne comprend. En humain, il ressemblerait surement à un Bill Gate boutonneux enfermé dans la salle informatique de son lycée.
Enfin, je pense que les adolescents souffrent du même problème que les adultes : un monde hyper moderne ! On les veut à la fois responsable (responsabilité pénale, dictature du projet professionnel) et à la fois innocents (surveillance des médias numériques, dé-responsabilisation politique avec notamment leur coup de gueule sur la réforme des retraites décrédibilisée, etc...). Qu'on ne s'étonne pas de leur débauche grandissante, seul moment où l'on peut s'oublier.