L’Ombre et la Lumière. Toute histoire héroïque est basée sur cette dualité. On se souvient de l’Empereur exhortant le jeune Luke Skywalker à se laisser aller à sa colère et au coté sombre de la Force ou Gandalf rappelant à Bilbo qu’il n’est pas un magicien de pacotille.
Les comics s’appuient largement sur cette dualité. A l’origine, la psychologie des personnages était simple. Ils était d’un coté ou de l’autre. Il était du coté du Bien ou du coté du Mal. Le Héros était donc celui qui se tenait dans la lumière et qui évitait l’obscurité.
Cette opposition est ancienne. Elle se met en place à partir du moment ou les hommes commencent à se sentir responsables de leurs actes. Lorsque Ulysse massacre tous les prétendants de son épouse dans un accès de rage, nul ne lui en tient rigueur car la déesse Athéna marche à ses cotés.
Platon commence à installer la division entre la raison, identifiée au Bien, et l’irrationnel, identifié au monde des désirs. L’Occident suivra cette tradition, faisant de l’homme un être toujours partagé entre l’Ange et la Bête, la Raison et le Désir, la Pensée et le Corps. Cette idée culmine au 19ième siècle qui retrouve cette dualité chez l’Enfant, le Criminel, le Sauvage et l’Occidental. Le Criminel est celui qui se laisse aller à ses bas instincts. Il n’est pas à une étape suffisamment évoluée pour pouvoir les maitriser (Lombroso, L’homme criminel, 1976). Le Sauvage doit, comme l’Enfant, passer par l’épreuve civilisatrice. Pour celui-ci, ce sera la colonisation et pour celui-là ce sera l’éducation. Enfin, l’homme civilisé, identifié à l’Occidental, sera celui pour pourra maintenir suffisamment à l’écart la “bête intérieure”
On retrouve cette opposition dans les comics. Hulk est la part sauvage du Docteur Banner, tout comme Mr. Hyde est la contre-part du Docteur Jekyll. Mais là ou le Docteur Jekyll avait besoin d’un produit chimique pour mettre au jour sa personnalité cachée, le docteur Banner n’a besoin que d’un seul ingrédient : la colère.
Enfants de la seconde moitié du 20ième siècle, les comics ont parfaitement intégré la leçon : la bête est en nous. Nous sommes toujours susceptible le pire. L’évolution des personnages suit les questionnements du siècle. Batman commence sa carrière comme un assistant des forces de police. Il est un détective comme tant d’autres, à cette seule différence près qu’il utilise un costume d’homme chauve-souris pour apparaitre plus menaçant aux yeux des méchants et des bandits. Vingt ans plus tard, il s’est transformé en un terrible vengeur qui certes combat le crime, mais au nom d’une vendetta personnelle. Batman n’agit pas au nom d’un bien supérieur. “Essentiellement, Clark est un bonne personne… et essentiellement, je ne le suis pas” dira Bruce Wayne. Sous l’identité de Batman, il poursuit des intérêts privés et c’est pure chance que ces intérêts coïncident pour une part à ceux de Gotham City
Il est d’autres Super Héros qui laissent percer la bête sombre qu’ils ont en eux. Au sein des X-Men, Wolverine a une place à part. Ce n’est pas uniquement qu’il est solitaire et qu’il préfère faire les choses à sa façon. Il est le seul à avoir du sang sur les mains. Régulièrement, il est pris d’accès de rage qui le conduisent à massacrer tout ce qui se trouve sur son chemin. On peut également citer Jean Grey qui sous la forme du Phoenix est responsable de la mort de 5 milliards d’habitants et de la destruction de quatre planètes. Même le sympathique Spiderman doit faire avec ses terribles démons internes lorsqu’ils apparaissent sous la forme de Venom
C’est d’ailleurs Spiderman qui éclaire le mieux le dilemme. Lorsqu’il découvre le symbiote, il est d’abord émerveillé par le surcroit de puissance que celui-ci lui donne. Il est plus rapide, plus fort, plus puissant. Mais il découvre aussi que cela le coupe de plus en plus de lui-même et de ceux qu’il aime. Lorsqu’il s’en détachera, le symbiote s’attachera à d’autres personnes donnant naissance au terrible Venom.
« Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même » avertissait Nietzche. C’est ce que n’a pas encore réalisé Batman et c’est ce que à réalisé Spiderman. Il a accepté de renoncer à un surcroit de puissance parce que le Mal ne peut se vaincre que si l’on prend le risque de perdre le combat.

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