vendredi 31 décembre 2010

Mythes, contes et comics

Les super héros, panthéon moderne

Chaque culture donne à ses membres des récits qui sont des réponses aux questions qu’ils se posent et aux difficultés qu’ils rencontrent tout au long de leur vie. Ces récits concernent les questions fondamentales que se pose tout être humain. Elles donnent des éléments de compréhension sur son origine, son identité et sa finalité.

Ces récits sont des mythes ou des contes de fées. Ils racontent les péripéties et la victoire finale d’un Héros. Dans le mythe, la victoire est cosmique et elle régénéré la société du Héros ou l’univers tout entiers. La victoire finale est acquise par un acte moral tandis que dans le conte de fées, c’est par ses prouesses physiques que le Héros remporte la victoire. Celle-ci est familiale : il s’agit de se défaire d’un tyran familial ou de venir à bout d’un oppresseur personnel. Mais que le point de vue soit microscopique comme dans le conte de fées, ou macroscopique comme dans le mythe, il s’agit toujours de de la mise en récit de l’aventure humaine.

La figure du Héros est la personnification d’un processus qui nous est tous familier. Nous savons tous les ombres qui habitent nos consciences et qui nous menacent et nous séduisent car ils sont gros des promesses du changement. Le Héros est celui qui a pris le risque de ce changement, et en rapporte les fruits pour lui et pour les siens.

Bruno Bettelheim a montré que les contes de fées intéressaient les enfants parce qu’ils étaient une figuration des leurs conflits inconscients. L’Ogre, la Marâtre, la Princesse, le Prince, le Roi et la Reine, le Petit Poucet sont autant de figurants du théâtre œdipien que l’enfant reconnait d’autant plus facilement qu’il les sent vivre en lui. La familiarité du conte lui permet de se donner une représentation de ses angoisses inconscients en même temps qu’elle lui donne un espoir dans leur résolution : il sera lui aussi Roi ou Reine pour peu qu’il passe avec succès quelques épreuves.

Les contes de fées sont toujours utiles mais les enfants d’aujourd’hui et leurs familles sont plongés dans des situations autrement plus complexes que celles des enfants du temps de Charles Perrault. Les individus vivent suffisamment longtemps pour que trois générations puissent se rencontrer alors qu’auparavant l’enfant ne croisait son aïeul que sous la forme idéalisée de l’Ancêtre. Les garçons et les filles sont élevés ensemble, les familles sont recombinées au grés des séparation et des nouvelles unions. L’univers familial des enfants leur pose donc de nouvelles questions.  par

Les Comics sont des récits produits par la culture pour répondre à ces bouleversements. Ils le font en s’appuyant sur la forme séculaire du mythe et du conte de fée : un homme d’exception relève des défis extraordinaire et en vient à bout. Les comics apportent cependant au moins deux grandes variations à la trame du héros. 

La première variation est celle du secret.  L’identité de Hercule ou du Petit Poucet n’est un secret pour personne, contrairement à celle de Superman, Spiderman ou de Hulk. Le Héros du Comics est ordinairement masqué. Ses super pouvoirs ne doivent être connus que par lui, et une grande partie de la dramatisation de l’histoire tient dans cet impératif : il faut tenir secret le fait qu’il n’est pas ce qu’il semble être. Il n’est pas cet être fragile et fallot dont tout le monde se moque. Il est cet être lumineux, solaire et  puissant que tout le monde envie.

La seconde variation tient au temps principal du comics. Les contes de fées et les mythes sont organisés autour du temps de l’enfance, celui de l’individu pour les contes et celui de l’humanité pour les mythes. Le temps du comics est celui de la puberté. Le Héros des comics a en commun avec l’adolescent le soucis porté à son corps, ses secrétions et ses transformations : Spiderman a-t-il assez de toile ? Le corps de Superman restera-t-il impénétrable aux attaques ? Le Prince Namor supportera-t-il l’éloignement de l’élément liquide ? Toutes ces questions croisent et reprennent sur un mode métaphoriques les questions soulevées par le travail de la puberté.

La puberté et ses bouleversements corporels sont toujours accompagnés d’un travail psychique important. Chaque adolescent doit en effet réévaluer consciemment et inconsciemment  sa place et ses relations avec les autres. Passer par la puberté est un moment héroïque . Il transforme un enfant en un adulte, c’est à dire en un égal des Héros de l’enfance que sont les parents. Chacun devient en effet un égal de ses parents en force et par ses possibilité de donner à son tour la vie.  La puberté est également un moment pendant lequel les bases identitaires sont mises à l’épreuve.  En se focalisant sur le corps et ses transformations, les comics sont des récits particulièrement adaptés à l’adolescence. Ils donnent des images sur les transformations catastrophiques qui attendent chaque adolescent, et donc des prises pour les penser.

 

La détresse de Spiderman devant le WTC effondré

Enfin, il est un dernier élément qui différencie les comics des contes de fées et des mythes. Parce qu’ils sont une écriture vivante, les comics peuvent prendre en compte les grands évènements de l’histoire et en donner une interprétation. Ils sont des passerelles entre l’Histoire et les mythologies personnelles de chacun.  On a pu ainsi voir les réactions de Captain America, Superman, Batman devant les l’effondrement des tour jumelles. Mais c’est au plus new-yorkais des super héros, Spiderman, que revient sans doute l’image la plus dramatique. Une vignette le montre les bras ballant devant les décombres. Peut-on mieux dire le sentiment d’inutilité radicale  ? A quoi bon être un Super Héros devant un tel désastre ? A quoi bon exister devant un tel sentiment de gâchis ? mais aussi  : Comment tenir debout lorsque tout autour de soi semble effondré ?  Ces questions, chacun a pu se les poser le 9 septembre, mais aussi à l’occasion d’évènements plus personnels. Les comics font ici le lien entre la grande Histoire et l’histoire de chacun.

 

En plus des contes de fée et des mythes, les adolescents d’aujourd’hui bénéficient des comics qui collent à leur époque et à leur réalité familiale. En projetant dans un espace fictif des éléments réels, qu’ils s’agissent d’évènements réels ou d’évènements psychiques, les comics les mettent à distance et les rendent davantage pensables et partageables.

1 commentaires:

  1. Il est tout de même intéressant de voir que le comics, étant la bande dessinée américaine, ne se développe que dans un seul type de genre : le super-héros (impossible de le séparer du contexte socio-politique des Etats-Unis lorsque sont apparu les premiers supers-héros sauveurs de l'humanité).
    Au delà de la flamme patriotique, le super-héros posant la question pour l'adolescent: que vais-je devenir lorsque je deviendrai adulte.
    La question se pose-t-elle à l'inverse chez les adultes lisant encore des comics? Qu'aurais-je pu devenir?

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