Sibérie. Un sovkhoz comme un autre. Un tracteur se roule vers une enfant inconsciente du danger. Un jeune homme se précipite à son secours. Alors que le tracteur poursuit sa course folle vers lui, son corps se transforme instantanément pour faire face au terrible danger. Sa peau prend un aspect métallique et sa taille dépasse largement les deux mètres. Sa force surhumaine, l’exceptionnelle dureté de sa peau font de Piotr Colossus.
L’histoire est tirée du Comics X-men et, comme toute fantaisie, elle recèle une part de vérité.
Nous avons tous entendu parler de moments où, face à un danger, pour sauver sa vie ou celle d’un tiers, un être humain fait preuve de ressources étonnantes et qui peuvent même parfois défier l’entendement comme cet homme qui soulève une voiture pour sauver une fillette
Il y a plusieurs façons de comprendre cette histoire. La première est de la prendre comme un fait réel. Sous l’effet du stress, le système sympathique qui donne un coup d’accélérateur à tout l’organisme grâce à la libération d’adrénaline. Sous l’effet de cette hormone, le rythme cardiaque accélère, apportant aux muscles et au cerveau l’apport en oxygène nécessaire pour agir. Les vaisseaux sanguin se dilatent de façon différencier pour privilégier certains organes (muscles, cerveau) dans la distribution du nouvel apport d’énergie. La quantité de globule rouge augmente de même que la quantité de lipides dégradés. Le cerveau est mieux irrigué et reçoit une quantité de sucre plus importante que la normale. Il en découle un effet “idées claires” qui permet de mieux analyser la situation et donc d’y répondre. Les idées sont d’autant plus claires que les informations qui parviennent au cerveau sont de meilleure qualité : les sens sont également préparés par la mobilisation. Tout est alors prêt pour faire face au danger ou pour le fuir (Cannon, Fight or flight response)
Mais l’histoire de Colossus comporte également des vérités psychologiques. La transformation de Piotr donne a voir les transformations psychiques transitoires ou durables auxquelles nous sommes astreints au cours de notre vie. Certaines sont sont transitoires : elle ne sont mobilisées que le temps de l’action. C’est le cas de Piotr qui se transforme pour faire face à un danger et qui retrouve son corps de chair quelques instants plus tard. D’autres sont durables, que cela soit volontaire ou non. C’est le cas du Fauve et de la Chose.
Le recours aux superpouvoirs de Colossus est à entendre comme un recours à des défenses psychiques. Qui n’a pas rêvé de se trouver derrière un écran invulnérable aux attaques, n’ayant besoin d’aucun échange avec le monde humain, même sous la forme minimale de la respiration et disposant d’une force suffisante pour faire face à tous les dangers ? Colossus est l’incarnation de ce rêve.
Colossus illustre une autre réaction psychologique. Il s’agit des situations de danger psychique au cours de laquelle le sujet se prépare à ne plus rien éprouver de crainte de trop souffrir. Il ne s’agit pas uniquement d’une répression des affects, par laquelle les émotions sont repoussés et un mur est érigé entre ce qui est jugé indésirable et le reste de la vie consciente. Le mécanisme est ici plus archaïque encore en ce sens qu’il s’appuie sur des identifications au monde non vivant : le cœur se glace; on se sent devenir dur comme de la pierre ou l’on s’évertue à rester de bois.
L’environnement non-humain est un constituant fondamental de la vie psychique. Dans l’inconscient, la distinction entre l’humain et l’animal, et entre l’animé et l’inanimé n’est jamais parfaite. Cette indistinction est visible dans les formations imaginaires comme les rêves mythes, les contes, et … le comics, dans lesquelles on assiste à des transformations d’un homme en animal ou matière inanimée.
“Etre fort comme un ours”, ou “dur comme de la pierre” ne sont pas que d’aimables métaphores. Ce sont des représentations de désirs inconscients activés pour faire face à une situation. Lorsque les traumatismes ont été précoces et répétés, le psychisme perd de sa souplesse et les processus défensifs qui ont été engagés peuvent ne plus être réversibles. Engagée quelque soit la situation, la défense inconsciente devient alors inadaptée et finit par déformer le Moi. La défense devient alors inadaptée, puisqu’elle est engagée quelque que soi la situation.
Didier Anzieu a appelé Moi-peau la figuration du Moi dont l’enfant se sert au début de son développement. Cette figuration est construite à partir des sensations cutanées et plus particulièrement à partir de celles reçues pendant les soins : “le massage devient le message”. Le Moi-peau est organisé en un double feuillet : un feuillet sert de protection contre les excitations et les agressions du monde extérieur tandis qu’un second feuillet, placé en arrière du second, sert de contenant.
C’est cette image du corps que les superpouvoirs de Piotr illustrent : il est tout entier dans cette carapace rigide surdéveloppé au détriment des contenants de pensée. Piotr est en effet décrit comme un personnage entier, aux ressorts simples, et devant s’appuyer névrotiquement à des figures idéales (le professeur Xavier, Kitty, puis Magnéto)
Colossus met figure donc 1. la réaction face au stress; 2. une défense psychique a. par identification au monde inanimé et b. un sur-investissement de la fonction par-excitante du Moi-peau.

Je trouve ton analyse tout à fait pertinente, et le lien avec le Moi Peau passionnant. En effet Piotr en surinvestit la fonction pare excitatrice, au détriment de l'élaboration. Il obtient son super pouvoir à un moment qui pourrait s'avérer traumatique, la mort de sa soeur écrasée. Son frère est-il déjà mort quand cet accident survient ? si c'est le cas, on peut penser que son pouvoir vient contrer le retour du refoulé traumatisant.
RépondreSupprimerPar ailleurs, on observe souvent que l'enveloppe charnelle protrectrice (obésités, culturisme ...)quand elle est surinvestit, indique un vécu traumatisant de type abandonnique. Toi qui connais très bien les super héros, est-ce le cas avec La Chose par exemple ?
Ben, pour ce que je sais de son histoire, a une vie heureuse, jusqu'a l'accident qui va le transformer en la Chose. Je pense que les 4 fantastiques illustrent plus les traumatismes familliaux qu'individuels. C'est un groupe qui est exposé au danger, et c'est en groupe qu'ils font usage de leurs super pouvoirs.
RépondreSupprimerQuelle pourrait être la nature de ce danger ? La sexualité ? L'inceste ? J'ai toujours été très étonné par la différence d'age entre Mr Fantastic et Invisible Girl. Mr Fantastic... Il est le seul a porter le nom du groupe, et cela en fait un excellent candidat à la fonction paternelle. Son corps élastique qu'il étend à volonté est une figuration a peine déguisée de l'érection. Invisible Girl peut elle alors évoquer ces fantômes qui sont sans épaisseur, et qui glissent dans la vie sans laisser de trace dans les psychismes de ceux qu'ils croisent ?
Faut il lire l'histoire des FF comme l'histoire d'un groupe familial touché par l'inceste ? L'un s'enflamme à tout bout de champ, l'autre se retranche dans une carapace défensive et la victime fait tout pour disparaitre et effacer a ses yeux et à ceux des autres.
Si tel est le cas,ces super héros privilégient alors la catharsis à l'abréaction, ce qui est en fait des analysants impossible....
RépondreSupprimertu peux rebaptiser ton blog "l'impossible divan des super héros" ^^
en tout cas, on peut aussi les voir comme des enfants ou des ados résilients.