Le bouclier de Captain America, image iconique des mécanismes de défense
Une des manières d’approcher la psychologie des super héros est de s’intéresser à leurs mécanismes de défense. Par mécanisme de défense, on entend les mécanismes psychologiques mis en place par une personne pour faire face à une situation stressante ou un conflit intrapersonnel. La vie de super héros étant par définition une vie de stress et de conflits, on peut penser que l’on pourra en faire la collecte assez aisément.
Si les super héros sont si magnifiques, c’est parce qu’ils traitent de problèmes gigantesques avec des moyens humains. Avoir une super vitesse, pouvoir se transformer en torche ou en morceau de glace, voler dans des galaxies lointaines… tout cela n’a plus aucune importance lorsqu’il s’agit de traiter de culpabilité, d’abandon, de honte, de désespoir, d’estime de soi, ou d’amour. Les super héros doivent traiter des problèmes qui mettent en jeu le vivre d’autres personnes, avec les mécanismes psychologiques qui sont ceux de Monsieur et Madame Toutlemonde. La puissance du Phénix est inutile à Jean Grey lorsqu’elle doit faire face à sa culpabilité de d’avoir détruit des mondes entiers.
Les mécanismes de défense sont de qualité variable. Ils ont tous pour fonction de défendre l ‘individu de l’anxiété mais ils se différencient par le fait que certains mécanismes respectent la réalité, tandis que d’autres prennent quelques liberté avec elle. Il est donc possible de trier ces mécanismes selon la qualité du contrôle maintenu avec la réalité.
Les sept niveaux de fonctionnement défensif.
Le DSM-IV distingue sept niveau de fonctionnement défensif :
1. le niveau adaptatif élevé engagent les mécanismes qui prennent pleinement en compte la situation qu’il s’agisse de la situation interne (les sentiments, les idées, et les conflits) ou des dangers externes. Il comprend des mécanismes défensifs tels que tels que l’humour, la sublimation, ou la répression. Spiderman, grand habitué des conflits intrapersonnels, est le héros qui met ses pouvoirs au service de la collectivité. Il les sublime après avoir constaté que leur usage égoïste lui apportait finalement plus de problèmes que de plaisirs.
2. Le niveau des inhibitions mentales ou de la formation de compromis comprend des défenses qui fonctionnent hors du champ de la conscience comme le refoulement, le déplacement, l’intellectualisation. Lorsqu’il est question d’intellectualisation et de super héros, le nom du Professeur Xavier vient immédiatement à l’esprit. Pour le professeur Xavier, la bonne éducation doit pouvoir venir à bout de toutes les difficultés. Tous ses pouvoirs sont des pouvoirs psychiques et c’est sur eux qu’il compte pour mener le monde à la paix.
3. Le niveau de distorsion mineure de l’image de soi, du corps ou des autres est constitué de mécanismes qui défendent électivement l’estime de soi : l’idéalisation, l’omnipotence ou la dépréciation. Peut-on être super héros sans être omnipotent ? Après tout, tous les super héros s’imaginent être totalement bons, et tous imaginent que leurs pouvoirs sont un remède aux malheurs du monde. Ici, tous les porteurs de super pouvoirs ne sont pas égaux. Les super héros connaissent toujours des moments de doute. Certains perdent même leurs pouvoirs. Ils sont en cela profondément différents des super vilains qui ne connaissent aucun moment de remise en question de leur omnipotence.
4. le niveau du désaveu est constitué par les mécanismes qui ne reconnaissent pas les facteurs de stress et d’anxiété ou les attribuent à une cause externe. Le déni, la projection ou la rationalisation appartiennent à ce groupe de défense. Là encore, le désaveu semble être lié à la condition de super héros. Un super héros n’est pas super héros uniquement du fait de pouvoirs extraordinaires. Il l’est parce qu’il se lance dans la bataille alors que d’évidence, la bataille est perdue. Mais ce qui est une évidence pour tout le monde ne l’est pas pour le héros. Ne faut il pas une bonne quantité de déni pour combattre Galactus ?
5. Le niveau de distorsion majeure de l’image modifie de façon importante l’image de soi ou des autres. L’identification projective ou le clivage de l’image de soi et des autres en sont de bons représentants. Double Face est l’image même de la personne souffrant d’un clivage du Moi. Il peut passer sans transition d’une conception du monde à une autre. Un moment, il est Harvey Dent, le talentueux procureur de Gotham et le moment d’après, il est Double Face, partie sombre et criminelle du procureur.
6. Le niveau de l’agir est constitué de défenses qui remplacent la pensée par l’action, ou au contraire le retrait apathique. Wolverine est un habité des passages à l’acte. Il les associe a un refoulement extrêmement puissant qui lui font oublier tout les actes – généralement meurtriers – qu’il a pu connaitre. Sans allez jusqu’a ces extrêmes, son impulsivité le pousse à sortir ses griffes et à penser ou négocier après.
7. Le niveau de la dysrégulation défensive est constitué par une rupture plus ou moins totale avec la réalité : projection délirantes, déni psychotique ou distorsion psychotique. Par la projection et le déni, le sujet crée un monde plus conforme à ses désirs sans toutefois les reconnaitre. Ainsi, le Hellfire Club n’a pas d’autre existence que dans l’esprit de Emma Frost
Il faut garder en tête qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais mécanismes de défense. Tout est une question d’équilibre, et de circonstance. Par exemple, le déni peut être un moment nécessaire le temps d’intégrer petit à petit une information difficile. L’humour qui est un mécanisme de défense élaboré peut se révéler inadapté s’il est utilisé à tout bout de champ. Ce qui va faire la différence, c’est donc la possibilité pour un sujet de moduler ses défenses en fonction des situations.